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Jeanne Leblanc, doreuse sur bois rue Lecuyer

Dans son atelier de douze mètres carrés, elle pose la feuille d'or sur des cadres XVIIᵉ. Visite d'un métier qui survit au-dessus des fluctuations du marché.

Augustin Vermeille · 28 mai 2026 · 10 min de lecture

Jeanne Leblanc, doreuse sur bois rue Lecuyer

L'atelier de Jeanne Leblanc occupe l'arrière-cour d'un petit immeuble de la rue Lecuyer, à Saint-Ouen. Douze mètres carrés, deux tables de travail, une étagère où les pots d'assiette à dorer attendent leur usage. La feuille d'or y vient en livrets de vingt-cinq, ne se touche qu'au pinceau, et se pose dans un silence presque liturgique.

Elle a appris le métier chez un doreur du faubourg Saint-Antoine, dans les années 2000. « C'était un vieux monsieur qui parlait peu. Il regardait, il corrigeait d'un mot, il s'en allait. » Quinze ans plus tard, c'est elle qui transmet. Elle reçoit deux apprenties par an, qu'elle forme pendant dix-huit mois — le temps qu'il faut pour comprendre l'apprêt, le bol d'Arménie, le brunissoir en agate.

Un cadre Louis XIV en cours de réparation — moulures à reprendre à la feuille d'or.
Un cadre Louis XIV en cours de réparation — moulures à reprendre à la feuille d'or.

Les commandes arrivent surtout des marchands des Puces. Un cadre Louis XIV à reprendre, une console à redorer entièrement, un trumeau dont l'or a viré au cuivre. Le tarif est rarement discuté : Jeanne propose un prix, le marchand l'accepte ou refuse, mais rien ne se négocie. « La feuille d'or coûte ce qu'elle coûte. Mon temps aussi. »

Outils et patine : l'atelier confine au laboratoire.
Outils et patine : l'atelier confine au laboratoire.

À la question de l'avenir du métier, elle hausse les épaules. Il y aura toujours des cadres, dit-elle. Et tant qu'il y aura des cadres, il faudra des mains pour y poser la lumière.

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