Hubert Lansac reçoit dans son bureau de la rue Drouot, un étage au-dessus de la salle 6, là où il a dirigé sa première vente en 1991. Quatre fauteuils club, des étagères chargées de catalogues, et la photographie d'un Cézanne en noir et blanc, vendu cinq cent mille francs il y a très longtemps.
« Drouot apprend à regarder, dit-il. Quand vous montez en chaire, vous avez en face de vous des marchands qui scrutent chaque détail. Si vous hésitez d'un centième de seconde, ils vous le font payer. Cela vous oblige à voir avant de parler. » Il insiste : voir, pas seulement reconnaître. La reconnaissance, c'est de l'érudition. La vue, c'est de l'expérience.
De ses ventes mémorables, il cite peu de noms. Un Modigliani en 1998, un mobilier de jardin Médicis en 2007, une bibliothèque de bibliophile en 2014 qui a duré quatre journées entières. Mais il préfère parler des objets qu'il n'aurait pas reconnus sans l'aide d'un confrère. « Drouot, ce sont les autres. Personne n'y travaille seul. »
Il regarde sans amertume l'arrivée des ventes en ligne, qu'il pratique depuis 2015. « C'est un outil, pas une révolution. La vraie révolution serait que les jeunes générations recommencent à venir en salle. Toucher, soulever, retourner — c'est cela, comprendre un objet. Aucun écran ne remplace ce geste. »
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