Un cadre n'est jamais qu'un cadre. C'est un objet de menuiserie, un objet de sculpture, un objet de chimie aussi, puisque la feuille d'or y dialogue avec un bol coloré qui en règle la chaleur. Apprendre à le lire, c'est d'abord apprendre à le retourner.
Au dos, on cherche les traces. Le bois — chêne, tilleul, pin — donne déjà un siècle et souvent une géographie. Le tilleul est tendre, sculptable, c'est le bois des cadres Régence et Louis XV. Le chêne, plus rare en cadre, signale souvent une fabrication anglaise ou flamande. Le pin, lui, apparaît au XIXᵉ industriel, quand la production s'accélère et que les ateliers cherchent à baisser les coûts.
Puis viennent les profils. Une moulure à canaux signale les années 1830-1840 ; une moulure à perles et rais-de-cœur, l'éclectisme du Second Empire ; un profil très épais avec palmettes en applique annonce le retour au classicisme des années 1860. Aucune de ces datations n'est absolue — les ateliers réutilisaient les modèles pendant des décennies — mais elles donnent un ordre de grandeur.
Reste l'or lui-même. La dorure à l'eau, brunie à l'agate, a un éclat profond et un peu froid. La dorure à la mixtion est plus chaude, plus mate, et plus tardive. Et la dorure dite « à la feuille de chrysocale », apparue dans les années 1860, est plus jaune, plus cuivrée. Avec un peu de pratique, l'œil distingue les trois en quelques secondes. Avec beaucoup de pratique, il distingue aussi les ateliers.
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